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Le crash taste week-end de François !

François Cau, journaliste et critique pour So Film et Rue 89, se fait les dents dans cpasducinema. Aussi poilu que Chuck Norris, aussi espiègle que Leatherface et aussi sensible que Yamazaki Asami au terme d’une Audition, il vous délivrera chaque week-end son Crash Taste de films. Qui passe à la disqueuse ?

Vous pouvez également retrouver François Cau sur son blog.

Big Time in Hollywood saison 1 (Comedy Central)
Tout commence dans la quiétude d'une sitcom lambda lorgnant amoureusement vers le grand écran, avec apparitions de guests prestigieux en charmant bonus. Le monstrueux climax du premier épisode fait bifurquer la note d'intention vers un ailleurs bourrin, gore, méchant jusqu'à la moelle, au comique de situation drôle à en pleurer. Les stars s'y font massacrer dans de grands élans sanguinolents, chair à canon d'une intrigue truffée d'hilarants dérapages contrôlés. La dangereuse débilité des personnages principaux rappelle celle des frangins Butabi dans Une Nuit au Roxbury, le look et les goûts musicaux en moins, les sursauts psychopathes en plus. Si cette référence vous échappe, à la limite, tant mieux : vous partez l'esprit encore plus vierge pour savourer la grosse surprise télévisuelle de l'année.

Community saison 6 (Yahoo ! Screen)
Des menaces d'annulation en pagaille, un showrunner instable (le grand Dan Harmon) viré de la saison 4 avant d'être rappelé à la rescousse l'année d'après, une résurrection sur une autre plateforme, la disparition d'un tiers crucial du casting original... Community ne doit sa miraculeuse survie qu'à l'adoration de ses fans, suspendus à cette fameuse promesse maintes fois formulées par les personnages. « Six seasons and a movie », on y est presque, on touche du doigt la plénitude transcendantale qui montrera la voie à la nation geek enfin réconciliée. Sauf que... sauf que Dan Harmon fait ce qu'il veut de sa création, et cette procession funèbre lo-fi (baisse de budget oblige) pousse très, très loin l'argument conceptuel, quitte à perdre pas mal de monde en route après le retour aux affaires de la fastueuse saison 5. Le show mûrit avec ses personnages, au détriment de son efficacité comique, certes, mais dans un ultime geste de démystification proche des tours de force scéniques d'Andy Kaufman. Community n'est plus une série méta, c'est désormais une série hautement consciente d'être consciente d'être méta (ouf), avec un degré d'exigence narrative toujours plus accru pour ne pas sombrer dans la froideur analytique. Ainsi du nouveau personnage, introduit comme un rôle purement fonction pour mieux gagner en surprenante épaisseur dramatique au fil de la saison. De l'avant-dernier épisode, stupéfiant doigt d'honneur à la morale balancé dans la face du public comme pour tester sa résistance à l'audace brute. De cette conclusion anti-spectaculaire, enfin, où les spectateurs se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans un cri, dans un chuchotement bienveillant. Que nos héros reviennent ou non au cinéma, comme prévu, n'a à ce stade plus beaucoup d'importance. La pudeur de ces derniers instants leur va très bien.

Sense 8 saison 1 (Netflix)
Il y a toujours eu chez les Wachowskis cet appétit boulimique pour la réappropriation de plusieurs champs culturels à la fois, juste pour voir ce que leur fusion pourrait bien engendrer. Encore plus touffu et référentiel que Matrix, encore plus ambitieux narrativement que Cloud Atlas, Sense 8 aspire par sa forme et son fond au statut de divertissement total, tout à la fois thriller paranormal, film policier, drame intimiste, chronique sociale, romance de Bollywood ou de telenovelas, film de genre autant que film d'auteur, manifeste LGBT lourdaud aux scènes de sexe crues et baroques. Il faut bien trois épisodes pour s'accoutumer à une intrigue voguant entre ses huit personnages principaux selon sa propre logique, croisant les effluves dramatiques avec un doigté souvent remarquable, comme dans une splendide scène de concert classique justifiant à elle seule la vision intégrale. Sur le papier, toutes les scories envahissantes se légitiment. Tout le monde parle anglais avec des accents parfois pas possibles, mais le procédé aura son explication. Les disparités de performances entre les comédiens ne font que marquer un peu plus les genres abordés et renforcer les liens naissants. Le caractère erratique de la mythologie (= le mec de Lost débarque n'importe quand, dit n'importe quoi puis s'en va) pousse à se concentrer sur chaque trajectoire indépendamment pour accepter le tout. À l'écran, l'ambition se heurte à la durée, à la dilution des enjeux dans des scènes donnant dans le ridicule et le sublime à égale mesure. Sense 8 tend la main pour le facepalm plus souvent qu'à son tour, mais sa croyance éperdue dans le pouvoir fédérateur de la fiction lui confère une aura de noblesse.

Man seeking woman saison 1 (FXX)
Un trentenaire fraichement largué part à la recherche de la femme idéale dans une dimension parallèle où l'onirisme est roi. L'ex du héros sort littéralement avec Adolf Hitler, sa mère le soumet à une séance de torture Guantanamo style, les mariages peuvent avoir lieu en Enfer... La mise en scène et le montage caressent l'imaginaire dans le bon sens du poil, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes ludiques si le personnage principal n'était ce pénible geignard autocentré, figure désespérément caractéristique du cinéma indépendant américain made in Sundance. Sans aucune surprise, l'épisode consacré à sa sœur se distingue par sa justesse de ton.

Aquarius saison 1 (NBC)
De son sujet en or massif – la traque de Charles Manson –, cette série à filtre sépia ne fait strictement rien sinon trousser quelques cliffhangers histoire de réveiller le public de sa torpeur tous les trois épisodes. Abandonné dans cette parodie involontaire des romans de James Ellroy, David Duchovny s'ennuie.

The Following saison 3 (Fox)
Previously dans La Suivance : Kevin Williamson ne s'est toujours pas rendu compte que son écriture est ringarde depuis la fin des années 1990, cet awkward moment où le public de Scream a suffisamment vieilli pour assimiler la différence pas si subtile entre ironie et cynisme. Le cynisme, ici, c'est de continuer à jouer sur un concept asséché au bout d'une dizaine d'épisodes de la première saison, de broder du vide sur du rien, de transformer des meurtriers en série en personnages de soap opera et Kevin Bacon en mauvais acteur. Il était grand temps que ça s'arrête.

 

Tag(s) : #crash taste

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